Article écrit pendant la crise du CPE.
La réalité française de ces dernières décennies se résume en quelques mots : la crise et le chômage en particulier ne permettant pas à ceux qui arrivent sur le marché du travail d’aspirer à une vie décente et d’espérer prendre « une place » respectable dans la sphère économique et sociale au même titre que ceux qui les ont précédés, il est de bon ton de proposer aux jeunes, à défaut de voir leurs aînés faire un effort de conjoncture, les miettes encore existantes qu’ils devraient de surcroît accepter en remerciant infiniment le législateur.
Passons sur les différentes réformes de droite comme de gauche, qui ont toujours eu pour but d’ « insérer » des jeunes « en rupture », comme les emplois-jeunes de Martine Aubry et le fameux « smic-jeune » qu’Edouar Balladur a du avaler avec son chapeau. Le CPE de Dominique De Villepin est une sorte de symbole d’une logique poussée à l’extrême, logique de toutes ces politiques profondément scandaleuses et qui n’existent en général que pour faire gagner du temps sur une législature à des femmes et à des hommes politiques peu imaginatifs, ou à défaut de ces fausses croyances en la précarisation des jeunes comme solution au chômage alors que chacun sait que la solution est dans la croissance ( Jacques Attali)
Selon le proverbe traditionnel nord-africain : « Il faut suivre le menteur jusqu’à sa porte ! ». La droite la plus bête du monde, ayant réussi ces dernières années à faire passer, de préférence lorsque les français étaient en vacances, quelques réformes dans l’indifférence générale, le premier ministre actuel s’est probablement senti en terrain conquis quand il a fallu faire adopter le CPE par le parlement sans trop de dialogue avec les protagonistes dont (et en premier lieu) les jeunes. La porte du menteur a donc révélé sa vraie nature, le processus initié par la droite et poussé à bout s’est montré « insultant » pour la jeunesse de ce pays, et la mobilisation nationale d’aujourd’hui a du surprendre les décideurs de tous bords qui ont du penser bien fort que « le peuple est beaucoup moins bête que les imbéciles le pensent. ».
Deux observations me font penser que la situation est d’une gravité extrême et que le gouvernement actuel a montré, malgré les promesses présidentielles qui ont précédé sa nomination, son incapacité à proposer des solutions à notre pays :
· N’oublions pas que ce gouvernement a réagi par la loi sur l’égalité des chances, symbolisée par le CPE, aux émeutes de novembre dernier qui ont inquiété la France entière, et qui appelaient des mesures rapides en faveur des quartiers défavorisés. On peut donc dire que le pompier a mis encore plus de feu à la maison. Chacun a senti la nécessité impérieuse d’agir en novembre dernier. Chacun a juré ne pas oublier les promesses faites pendant ces moments difficiles, promesses de travailler pour que cela n’arrive plus jamais. Et qu’avons-nous donc fait ? : le CPE !
· Les casseurs qui ont sévi dans toute la France, et sur le lieu symbolique de l’esplanade des invalides à Paris , avec une violence inouïe, dans une relative impunité, symbolisent l’échec du ministre de l’intérieur, chef des pompiers-pyromanes, à faire régner l’ordre. Ils symbolisent aussi l’échec de notre société depuis des décennies, à créer du positif, à asseoir une certaine autorité sur les jeunes et à maintenir la paix. Ces guérillas urbaines devraient être inconcevables dans un pays comme le nôtre. La nation entière doit se mobiliser pour travailler à cet épineux problème qui peut avoir raison de nous.
Le réveil de la jeunesse est somme toute une bonne nouvelle pour notre avenir, il était inéluctable et il semble irréversible. Ces jeunes qu’on a pensé pouvoir brader pour pas grand chose, ont démontré déjà, et quelle que soit l’issue de leur combat, qu’ils valaient beaucoup mieux que ce que l’on pensait d’eux. Seule ombre au tableau : les casseurs qui sont, sans le savoir, les meilleurs soutiens du CPE et du premier ministre dans ce bars de fer infernal.
Hafid ADNANI
Sceaux, le 28 mars 2006
