Texte écrit le samedi 13 janvier.
J'étais hier soir à la célébration à la mairie du XVIIème arrondissement de Yennayer, nouvel an berbère, avec Françoise de Panafieu, maire UMP du lieu, son équipe et tous les amis de Mustapha Saadi qui se sentent une certaine proximité avec les berbères, peuple millénaire de la méditerranée, qui a donné tant de figures au monde européen et africain. Le berbère que je suis aussi dans cette diversité que je revendique est porteur du lourd fardeau de la mémoire et de la transmission dans un univers fatalement hostile, mais aussi de la nécessité de l'explication et de la pédagogie en direction de tous ceux, d'où qu'ils viennent, qui pourraient considérer que la démarche suivie ici est une forme de repli sur soi, explication que ceci ne peut guère être une posture possible dans le siècle où nous vivons qui est un siècle mondialisé comme chacun sait. A ce propos, quelques mots du philosophe-résistant Jean Pierre Vernant qui nous a définitivement quittés à 93 ans ces jours-cis*, permettront de préciser définitivement cette pensée :« POUR être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui. Demeurer enclos dans son identité, c'est se perdre et cesser d'être. On se connaît, on se construit par le contact, l'échange, le commerce avec l'autre. Entre les rives du même et de l'autre, l'homme est un pont. » Ces phrases simples, sur lesquelles s'achève La Traversée des frontières, figurent par ailleurs sur une borne du Pont de l'Europe, qui relie Strasbourg à Kehl.
J'ai lors de cette soirée rencontré des personnes très attachantes comme à chacune de ces rencontres, qui mériteraient toutes un mot de remerciements ici. Le personnage public qui ne m'en voudra pas si je parle de lui car il devient aujourd'hui une figure connue et reconnue tant il est étonnant dans sa démarche de lutte pour la préservation de la culture de ses ancêtres, s'honorant ainsi et honorant l'humanité entière qui se reconnait en lui, est Gana Mammeri que nous appelons tous Da Gana (comme on appelerait un grand frère, ce qui symbolise profondément la protection mais qui inspire le respect dans la langue de Si Mohand). Da Gana est un combattant de la culture berbère depuis plusieurs années. Mais c'est un combattant qui est hors du cercle classique que l'on peut connaître ; car là où certains vont jusqu'à l'amertume qui peut aboutir à la résignation ou la plainte qui est en elle-même stérile, là où d'autres, plus dangeureux, manquent cruellement de sincérité dans le message qu'ils transmettent à cette grande diversité française, Da Gana préfère le sourire, la gentillesse, mais tout de même le travail tranquille pour que les choses changent autour de lui avec la douceur nécessaire. Il y a une sagesse qui se dégage de cet homme qui semble porter une misson que lui-même ne maitrise pas : "je cherche, j'avance, mais je ne sais pas exactement où je vais." En tout état de cause, et comme les enfants du laboureur de La Fontaine, pendant sa quête sans fin d'une étoile dont il ignore la réalité, Da Gana donne à la culture berbère qu'il aime d'une passion dévorante des raisons de revivre à travers lui, voire des pistes de recherches pour que les " autres , les jeunes prennent le relais et approfondissent tout ça."
Le petit cousin de Mouloud Mammeri a été marqué à vie par l'anthropologue et l'écrivain qu'il a bien connu au moment des recherches, des travaux, à Alger ou au Maroc. Il semble être investi par une mission, comme une promesse faite à Da Lmulud ** qu'il se doit de tenir.
Cet homme est beau, et malgré les stigmates des années, il semble avoir retrouvé totalement son enfance et il a su occuper toute sa place auprès de nous par ce qu'il porte et ce qu'il transmet. Je suis d'un grande admiration pour son travail totalement désintéressé et infiniment utile à nous tous. Je ne puis m'empêcher de comparer Da Gana à un résistant, ce qui le rapproche finalement de Vernant le provinois.
*Le 9 janvier 2007.
**Mouloud Mammeri.
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