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   Un mardi ensoleillé mais très chargé. pas assez de temps pour rêver, flâner, voire la beauté des femmes et du monde et oublier les sujets métaphysiques sur lesquels on se heurte tous les jours sur son lieu de travail. Je pense quelques instant aux deux Mouloud, Féraoun et Mammeri, à leur "mort absurde" à tous les deux, à leur souffrance quotidienne face à un monde qui ne tourne pas rond. Je pense que j'ai eu tort d'évoquer l'aîné Féraoun mais pas le cadet Mammeri pour qui c'était en février le 18ème anniversaire du décès. Je pense à cette belle fourchette d'Inspecteurs de l'Education nationale, des collègues en somme, qui étaient là pour le bien commun et qui ont été placardés au mur par des rafales impitoyables, envoyées par un main meurtrière et imbécile : celle du terrorisme de l'OAS. Ils étaient chrétiens et musulmans, français et kabyles, arabes et normands. Il n'avaient pas frontières dans leurs esprits malgré le contexte détestable de la guerre. Il y a toujours eu des gens admirables et ceux qui représentent la honte de notre humanité.

     Je pense au superbe texte du journal "Le Monde" du 18 mars 1962, texte de Germaine Tillion, qui est une femme à part que j'ai rencontrée une fois à l'hôtel de ville de Paris en novembre 2001. C'était à une cérémonie d'ouverture du Salon du livre du Maghreb dit "Le Maghreb des livres". Il y avait là le tout Paris qui s'intéresse au nord de l'Afrique et à sa culture. J'y ai même croisé Brarhi, ancien ministre algérien notamment de l'éducation nationale  que j'avais vu en 1986 au Palais du peuple d'Alger pour une remise de prix et une cérémonie. Il avait alors ses airs majestueux de minsitre du sérail de Chadli. Là, il était plutôt humble, m'a présenté sa carte de visite et m'a expliqué qu'il  essayait de créer une structure qui, qui va  ou qui aura  ...Je n'ai pas bien suivi...Je me suis dit avec méfiance que cette "caste"-là ne peut pas supporter  le banc de  touche lorsque le vent tourne !  Je vois donc dans un coin  une vieille dame, belle et rayonnante qu'on me présente comme étant Germaine Tillion. Je prends sa douce main dans la mienne par respect et l'interroge sur le 17 octobre 1961 et la plaque commémorative installée par Bertrand Delanöé pour le 40ème anniversaire de ce qui est reconnu comme un massacre grâce au courage et au travail de Jean Luc Einaudi. Voici un extrait du texte du journal
Le Monde qui parlait  de l'évènement :

    "Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, devait inaugurer mercredi une plaque dédiée aux "nombreux Algériens tués lors de la sanglante répression de la manifestation pacifique du 17 octobre 1961". La droite parisienne estime, par la voix de Claude Goasguen, que ce geste est une "provocation". Quarante ans après le 17 octobre 1961, la répression policière de la manifestation pacifique des Algériens de Paris est en passe d'intégrer l'histoire de France. Il aura fallu dix années de luttes menées par des enfants de l'immigration algérienne, soutenus par des associations antiracistes récemment rejointes par des intellectuels, pour effacer trente ans de dénégation et d'oubli. Un début de reconnaissance officielle est aujourd'hui accordé à la répression sanglante de ce défilé pacifique organisé à Paris par le FLN afin de protester contre le couvre-feu imposé aux "Français musulmans d'Algérie" par le préfet de police de l'époque, Maurice Papon.

Le maire (PS) de Paris, Bertrand Delanoë, conformément à un engagement pris pendant la campagne des municipales, doit dévoiler, mercredi 17 octobre au matin, la première plaque commémorative de France. Les vifs débats qui ont accompagné sa rédaction témoignent de la multiplicité des mémoires de la guerre d'Algérie. Plusieurs manifestations artistiques appuient cet événement en Ile-de-France comme en province (Le Monde du 16 octobre), tandis qu'un défilé est organisé, mercredi en fin d'après-midi à Paris. Une quarantaine d'associations, syndicats et partis politiques (PCF, LO, LCR) appellent à parcourir l'itinéraire de la manifestation du FLN entre le métro Bonne-Nouvelle et le pont Saint-Michel, d'où des Algériens ont été jetés dans la Seine le 17 octobre 1961. Ils réclament "la reconnaissance officielle de ce crime contre l'humanité", "le libre accès aux archives", "la création d'un lieu du souvenir à la mémoire des victimes" et "l'introduction et l'étude de ces événements dans les programmes et les manuels scolaires"...

                                                            Philippe Bernard et Christine Garin, Le Monde, 17 octobre 2001

  
Germaine Tillion approuve ce geste du nouveau maire de Paris mais me met en garde contre l'angélisme de certains sur la guerre d'Algérie. Il faut aussi que les Algériens regardent avec objectivité leur histoire.

     Venant d'elle qui s'est tant battue pour la vérité, je ne pouvais qu'aquiescer.


    J'ai téléphoné quatre ans plus tard à cette grande dame pour lui dire de venir parler à des lycéens de son parcours et de la guerre d'Algérie, elle a tout de suite accepté d'une voix un peu faible. Après avoir raccroché ravi de ce projet, j'ai reçu un autre appel d'une dame qui s'occupait d'elle pour me dire que Germaine Tillion a promis l'impossible  puisque  sa santé ne pouvait pas lui permettre d'honorer mon invitation. Je n'ai pas revu Germaine depuis, elle qui aura 100 ans en mai. Elle m'avait  transmis ce jour-là une force communicatrice car elle était partante tout de suite. Germaine la rebelle, celle qui a réagi ainsi le 2 mai 2002 à l'arrivée de LE PEN au second tour de l'élection présidentielle. C'était dans le journal  "L'Humanité" :

         
"Qu?un type pareil arrive à occuper le devant de la scène électorale, cela veut dire qu?il y a eu une énorme erreur, une énorme erreur populaire. Je pense, avec beaucoup de chagrin, qu?il y a deux France pauvres, une France pauvre un peu intellectuelle et une France pauvre qui ne l?est pas tellement, qui est aussi très intéressante, mais qui n?a eu qu?une idée : un flic à chaque carrefour, devant chaque supermarché, alors que les gouvernants répondent par une inflation de lois et de règlements."

       "
Dire, comme Le Pen, que les chambres à gaz sont un détail de l?Histoire, c?est de l?imbécillité pure, c?est aberrant, mensonger. Il faut être complètement crétin ou vicieux, sans doute les deux, pour affirmer une chose pareille. On a atteint le maximum de perversité avec les chambres à gaz. Je suis très sévère pour l?espèce humaine, c?est une espèce dangereuse qu?il faut surveiller. Maman est morte à Ravensbrück. Elle était catholique. Elle a été assassinée parce qu?elle était dans la Résistance française. Ils n?ont pas su qu?elle avait donné ses papiers à une famille juive qui, ainsi, a pu être sauvée. Dans le camp, il n?y avait que des femmes et ils raflaient systématiquement les " cheveux blancs "."

          C'est Tout Germaine Tillion. Son courage, ses combats et son honnêteté intellectuelle.
          Germaine, tu es ma soeur.

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