Le samedi 20 octobre était le deuxième jour du concert de Idir au Zénith de Paris. J'ai pris le métro gare saint-lazare en direction de la porte de pantin avec ma fille de douze ans qui regrettait quelque peu de rater la finale de la coupe du monde de Rugby à la télévision. Mais que voulez-vous, j'ai une préférence certaine pour le spectacle vivant et puis, l'Afrique du Sud contre l'Angleterre n'était pas le genre de match qui pouvait m'empêcher de voir un concert au Zénith avec un classique de la chanson kabyle de surcroit; J'avais oublié en décidant de prendre le métro, comme je le fais souvent, que la grève avait depuis le 18 octobre dégradé le quotidien des parisiens qui faisaient encore une fois les frais des réformes d'un gouvernement pressé et donc forcèment maladroit. L'attente a été donc longue, au point de me faire regretter de ne pas avoir pris la voiture malgré les difficultés de stationnement. Nous sommes arrivés ainsi très tard au Zénith où nous ne semblions pas être attendus au départ puisque la personne du guichet ne retrouvait pas nos places. Nous pumes rentrer tout de même après quelques vérifications et tombâmes tout de suite sur un comité d'accueil digne de ce nom. On nous proposa gentiment d'aller avec les VIP en nous annonçant la venue du père du footballeur Zidane (en personne !) avec nous, ce qui ne manqua pas d'épater ma fille qui m'a répété à plusieurs reprises si nous parlions bien du père du plus grand joueur de football du monde.
La salle était déjà largement chauffée par un groupe de jeunes qui rendaient hommage à Slimane Azem et à El Hasnaoui en reprenant leurs chansons avec brio : "la carte de résidence " pour Slimane Azem et "La maison blanche" pour El Hasnaoui. C'était émouvant de voir cette jeunesse née pourtant dans l'hexagone et par conséqunet française capable de faire un travail de réappropriation de son patrimoine culturel. Il y eut également un hommage à l'incontournable Matoub Lounès sans que l'interprétation de sa chanson "Ilzem aneddou toura" (Il nous fait à présent marcher) n'ait été un vrai succès.
Da Gana Mammeri était du rendez-vous aussi avec sa famille ainsi que d'autres amis. J'étais très content de les retrouver pour échanger et rire un peu ensemble.
Idir est ensuite arrivé sur scène avec un Zénith plein à craquer et sous les youyous des femmes. Il a commencé par interpréter sa célèbre chanson "anekker anabdou echekran" (Nous allons commencer les éloges) qui est une superbe chanson de fête et de nostalgie. Il nous a ensuite présenté son fils qui nous a réinterprétée la même chanson à la guitare, seul sur l'immense scène du Zénith.
Il a été, dans la suite du spectacle, systématiquement accompagné par une ribambelle de jeunes artistes avec lesquels il a souhaité partager la vedette conformément à son album "La France des couleurs". Nous avions auparavant, avec ma fille, décidé de quitter le groupe de VIP avec lequel nous étions pour nous fondre dans la foule et danser et chanter à nous couper la respiration...C'était tout simplement une ambiance de folie que j'ai tenté de communiquer par sms à des amis. Un grand moment d'émotion était l'interprétation par Idir, avec sa propre fille au piano, du "Slam" écrit par "Grand-Coeur-Malade", une lettre d'un père musulman, discrètement tendre, à sa fille chérie : un hymne à l'amour, à la joie, à la liberté, au-delà des interdits et des traditions.
Le concert s'est très bien passé. nous sommes ensuite allés dans les loges parler aux artistes dont Idir bien-sûr qui était très entouré ce soir-là. Il y avait là la belle Nadia et bien d'autres chanteurs plus ou moins connus. Pendant que je saluais Idir qui me disait de le rappeler pour une interview que je devais réaliser de lui autour de Slimane Azem, ma fille était en grande discussion avec le père de Zidane qui lui disait tout le bien qu'il pensait de cette soirée.
Photos prises, promesses de nous revoir, grosses bises et nous voilà, changement radical de décor, dans un métro plutôt calme cette fois-ci direction la maison.
Le tournant a eu lieu lorsque des supporters anglais de rugby sont montés en grand nombre dans la rame où nous étions. Ils étaient déçus mais joyeux en nous annonçant la victoire de l'équipe d'Afrique du Sud. Nous avions alors discuté avec eux dans un anglais presque parfait des circonstances de la défaite de leur équipe favorite. Je me suis mis soudain à éternuer ; un anglais qui était à ma droite a fait mine de d'essuyer le torrent que j'avais déversé sur lui et nous rimes tous de bon coeur. Il étaient tous de l'âge de la retraite, des femmes et des hommes, tous très joyeux, et je pensais que si le sport pouvait rendre les gens ainsi heureux et en communion, alors il faut l'encourager partout.
Quelques stations plus loin, c'était un supporter d'Afrique du Sud, d'une soixantaine d'année qui est monté avec l'écharpe officielle des désormais champions du monde. Sa renconctre avec un wagon rempli d'anglais a été des plus pacifiques. Il échangea des amabilités et serra les mains de ses adversaires en souriant. Ces derniers l'ont même congratulé, ce qui semble totalement impensable en football par exemple.
Avant d'arriver à la sation Saint-Lazare, un des supporters anglais qui semblait partticulièrement gai, a commence à entonner l'hymne national du Canada après avoir découvert un couple de canadiens à ses côtés; Tout le monde a alors chanté avec lui en choeur au moment où nous descendions du métro le coeur rempli de joie.
Belle communion :avec Idir, Zidane et les supporters de Rugby et ma fille n'avaît finalement pas regretté le match à la télévision puisqu'elle avait vu les supporters en chair et en os comme si elle y était.