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PARIS (Reuters) - Germaine Tillion, a distinguished French anthropologist and member of the World War Two resistance who denounced French torture in Algeria has died at the age of 100, the French government said on Saturday.

President Nicolas Sarkozy paid tribute to "an exceptional woman whose courage, commitment and humanism were guides throughout her whole life."

Tillion, who conducted research into Berber culture in the mountains of southeastern Algeria before the war, joined the resistance after Nazi forces defeated France in 1940.

She was arrested in 1942 and transported to Ravensbrueck concentration camp in Germany, where her mother, who had joined her, was later killed.

During her imprisonment, she wrote an ironical operetta mocking the horrific conditions of life in the camp that was performed for the first time last year.

 

 

Après Aimé Césaire,  chantre de la négritude et anticolonialiste résolu, mort le 17 avril à l’âge de quatre vingt quinze ans, salué unanimement par la classe politique française, (contrairement à son grand ami de combat, Léopold Sédar Sanghor décédé le 20 décembre 2001 à Verson en Normandie) , salué surtout par les martiniquais réunis en grand nombre hier autour de sa dépouille et de  sa poésie, c’est la disparition de Germaine Tillion qui nous a été annoncée aujourd’hui. Germaine Tillion est décédée le 19 avril dans sa 101ème année, résistante, ethnologue, élève de Marcel Mauss et de Louis Massignon, rescapée du camp de concentration de Ravensbrük où sa mère (qui était écrivain) a été gazée en 1945. Germaine Tillion a aussi  rencontré l’Algérie dans son riche itinéraire : elle a étudié les « chaouis » pour sa thèse en 1934 et 1940 et est retournée dans ce pays qui plongeait dans la guerre, pour une mission d’observation en 1955, où elle a participé à la création de centres sociaux pour les enfants défavorisés. Elle a aussi rencontré en 1957, à leur demande, deux grands noms de la bataille d’Alger, Yassef Saadi et Ali « la pointe » afin de tenter une médiation  et de mettre fin à la spirale des exécutions côté français et des attentats côté FLN. Elle n’a cessé ensuite de militer pour les causes les plus nobles comme la dénonciation de la torture en Algérie et l’émancipation des femmes de la méditerranée. Ses travaux à l’EHESS ou au CNRS ont porté essentiellement sur les sociétés de la méditerranée.

 

Je pourrais encore écrire sur cette femme que j’ai eu la chance de « rencontrer » deux fois de son vivant, épisodes que je raconte dans un article que j’ai publié l’an dernier et que j’ai intitulé : «  Germaine,  ma sœur» dont voici un extrait :

 

« Un mardi ensoleillé mais très chargé. pas assez de temps pour rêver, flâner, voire la beauté des femmes et du monde et oublier les sujets métaphysiques sur lesquels on se heurte tous les jours sur son lieu de travail. Je pense quelques instants aux deux Mouloud, Féraoun et Mammeri, à leur "mort absurde" à tous les deux, à leur souffrance quotidienne face à un monde qui ne tourne pas rond. Je pense que j'ai eu tort d'évoquer l'aîné Féraoun mais pas le cadet Mammeri pour qui c'était en février le 18ème anniversaire du décès. Je pense à cette belle fourchette d'Inspecteurs de l'Education nationale, des collègues en somme, qui étaient là pour le bien commun et qui ont été placardés au mur par des rafales impitoyables, envoyées par un main meurtrière et imbécile : celle du terrorisme de l'OAS. Ils étaient chrétiens et musulmans, français et kabyles, arabes et normands. Il n'avaient pas frontières dans leurs esprits malgré le contexte détestable de la guerre. Il y a toujours eu des gens admirables et ceux qui représentent la honte de notre humanité.

     Je pense au superbe texte du journal "Le Monde" du 18 mars 1962, texte de Germaine Tillion, qui est une femme à part que j'ai rencontrée une fois à l'hôtel de ville de Paris en novembre 2001. C'était à une cérémonie d'ouverture du Salon du livre du Maghreb dit "Le Maghreb des livres". Il y avait là le tout Paris qui s'intéresse au nord de l'Afrique et à sa culture. J'y ai même croisé Brarhi, ancien ministre algérien notamment de l'éducation nationale  que j'avais vu en 1986 au Palais du peuple d'Alger pour une remise de prix et une cérémonie. Il avait alors ses airs majestueux de ministre du sérail de Chadli. Là, il était plutôt humble, m'a présenté sa carte de visite et m'a expliqué qu'il  essayait de créer une structure qui, qui va  ou qui aura  ...Je n'ai pas bien suivi...Je me suis dit avec méfiance que cette "caste"-là ne peut pas supporter  le banc de  touche lorsque le vent tourne !  Je vois donc dans un coin  une vieille dame, belle et rayonnante qu'on me présente comme étant Germaine Tillion. Je prends sa douce main dans la mienne par respect et l'interroge sur le 17 octobre 1961 et la plaque commémorative installée par Bertrand Delanöé pour le 40ème anniversaire de ce qui est reconnu comme un massacre grâce au courage et au travail de Jean Luc Einaudi (...)

 

  
Germaine Tillion approuve ce geste du nouveau maire de Paris mais me met en garde contre l'angélisme de certains sur la guerre d'Algérie. Il faut aussi que les Algériens regardent avec objectivité leur histoire.

     Venant d'elle qui s'est tant battue pour la vérité, je ne pouvais qu'aquiescer.. »

 

     En relisant cet article, en pensant à Césaire, à Senghor, à Féraoun, à Mammeri, à Kateb et à tant d’autres, j’ai pleuré Germaine Tillion du fond du cœur et l’ai remerciée de m’aider ainsi avec d’autres, à tenter d’ être digne de mon humanité.  

 

 

                                                                                                                      Hafid ADNANI

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