Texte écrit au moment de l'affaire BURGOT
L’affaire d’Outreau et la comparution du juge Burgot devant la commission parlementaire chargée d’enquêter sur ce drame devenu national, tant il remet en cause ne profondeur l’institution judiciaire, a permis à certains commentateurs, soucieux visiblement de la notion d’ expérience professionnelle, de fustiger encore une fois la jeunesse du juge, le qualifiant de «gamin » et insistant sur ce terme comme si son âge était la principale raison de ce fiasco judiciaire. Curieusement, personne n’a trouvé à y redire : l’inexpérience supposée du juge semble être pour tous à l’origine de la quasi-totalité des faits. Ceci laisse supposer que l’institution ne devrait pas donner de telles responsabilités à des jeunes magistrats (ici 30 ans, puisque c’était l’âge du juge au moment où il pris l’affaire en main).
On remarquera d’abord que la plus grande partie desdits commentateurs dépasse largement la trentaine (âge incriminé) et qu’une grande partie d’entre eux aussi a eu à prendre des responsabilités très jeune . Personne ne souligne, à priori, et pour cause, que ceux qui voulaient changer la France et le monde en 1968 étaient aussi des « gamins » ( Daniel Cohn-Bendit avait 19 ans et Serge Julie 23 pour ne citer que ces deux exemples-là).
Lutte de générations ? Après le « jeunisme », voici la « jeunophobie » qui vient par hasard au moment où les anciens « jeunistes » ne peuvent plus aujourd‘hui revendiquer leur « jeunesse » et la défendre puisqu’elle n’est plus là de toute évidence. Tout laisse à penser que ce sont les mêmes qui ont revendiqué l’un dans un premier temps et qui se saisissent à présent de l’autre. Il est de bon ton de faire sus à la jeunesse.
.
Le juge Burgot faisant office de bouc-émissaire de circonstance, le discours négatif sur les jeunes et à qui il semble donner (enfin !) une vraie légitimité, n’est pas nouveau. Chacun sait que les jeunes ont le plus grand mal à s’insérer dans notre société, que les postes les plus importants sont occupés par des moyennes d’âge supérieures à 45 ans* et que, le réforme de la retraite aidant ( dixit Raffarin qui ira en retraite dans peu de temps, la belle affaire pour ses vieux jours !), les départs sont de plus en plus retardés et les jeunes ont toujours autant de difficultés à occuper des postes importants dans notre grande démocratie qu’il y a dix ans. Le départ des baby-boomers se ferait visiblement autrement que prévu. Dans l’éducation nationale, à titre d’exemple, il est quasi-impossible pour un trentenaire d’espérer occuper un poste de proviseur dans un grand lycée, encore moins d’inspecteur d’académie. Quant aux postes de Recteur, ils sont désormais « réservés » et les temps où Christian Forestier, par exemple, pouvait se targuer d’être le plus jeune Recteur de France semblent révolus.
Au delà des départs en retraite, il me semble que les jeunes doivent être encouragés par une véritable « discrimination positive » à tous les échelons de la vie sociale, professionnelle, politique...
Mais ceci n’est valable que pour les actifs, c’est-à-dire les plus « chanceux » des jeunes selon le discours scandaleusement admis. Car les jeunes chômeurs sont aujourd’hui dans les bas-fonds et n’ont plus droit à rien, sinon à accepter les bras ouverts la première proposition qui puisse « débloquer » pour eux un emploi, fut-il précaire, à l’instar du CPE qui fait débat actuellement.
Les jeunes sont l’avenir de ce pays, n’en déplaise à leurs détracteurs. Je travaille avec des adolescents au quotidien et je suis plein d’admiration pour leurs grandes qualités, qu’elles soient humaines, intellectuelles, manuelles…Je n’ai jamais eu aucun doute : ils sauront prendre correctement en main l’avenir de cette société, à condition qu’on leur donne le bon exemple et qu’on leur permette aussi de s’exprimer quand ils le souhaitent.
Une société qui ne fait pas confiance à sa jeunesse, une société dont les jeunes hésitent à revendiquer leur place, est une société qui est en train de se faire Hara-Kiri. Soyons donc vigilants et au lieu donc de parler de la jeunesse du juge Burgot, il serait intéressant pour tous, lui le premier, de faire référence à sa probable « incompétence », un homme qui semble avoir fait manifestement mal son travail.
A trente quatre aujourd’hui, il faut rappeler que le juge Burgot a dépassé d’un an l’âge du Christ