Voici la lettre d'un homme à une femme qu'il aime. Je voulais vous faire partager ces lignes et ce moment de bonheur :
S. Le 30 décembre 2005
Ma petite S d’amour, Je sais, ça te surprend de me lire et de m’ « entendre » t’apostropher ainsi. Je me suis dit pourquoi pas et puis, les paroles restent comme disent les anciens. Certes, c’est un peu théâtral de faire un courrier à sa femme que l’on voit tous les jours, mais parfois cela fait du bien et puis, si c’est pour se dire des gentillesses… Enfin, le théâtre, c’est très bien pour les artères ! Nous sommes d’ailleurs tous des acteurs qui s’ignorent. C’est une idée qui m’est venue comme ça. Nous sommes tous des acteurs qui s’ignorent…J’aime bien l’idée d’être quelque chose et de l’ignorer, c’est de l’humilité. Et l’humilité, c’est la beauté profonde des hommes et des femmes. Je n’ai jamais été aussi bon que lorsque j’ai été modeste devant les obstacles qui se mettaient devant ma route. Je sais que je parle comme un vieillard, mais je ne peux m’empêcher de transmettre ma modeste expérience. Je suis né pour transmettre, je suis un professeur éternel même si j’ai déjà « abandonné » ce métier au grand dam de mes collègues qui pensaient que « chef d’établissement », c’ est pour les crétins de profs qui n’ont jamais su ou jamais aimé enseigner. Plus ça va, plus je me dis que la République est en danger : trop d’individualistes dans tous les domaines, trop peu de personnes qui possèdent réellement des principes. Trop peu de profs qui veulent assumer des fonctions d’encadrement pour ce qu’elles sont. C’est comme en politique. Où-va-t-on ? Le théâtre, c’est la vie, je n’ai rien inventé en disant cela, c’est Shakespeare le premier a l’avoir affirmé et il a bien raison. J’ai beaucoup aimé la pièce « Des cailloux plein les poches » que nous avions vue l’an dernier avec les filles au théâtre Michel. C’est une pièce qui s’intéresse aux petites gens, ceux qui se font toujours avoir par des grand imbéciles qui ne pensent qu’à l’argent, ceux qui n’ont pas le droit à la parole. Ils ont le droit de rêver en regardant les autres…C’est triste et c’est beau. Un peu comme les personnages des « virtuoses » ou de « Billy Eliot » ; ils sont pleins d’humanité, ils sont l’humanité, ou ce qui en reste… J’aurais voulu que tu ailles ce soir voir une belle pièce aux « Mathurins », je n’ai pas pu trouver des places, c’est l’horreur pendant les fêtes, elle s ‘appelle « une heure et demie de retard », c’est avec Patrick Chesnais et c’est l’histoire d’un couple qui va à un dîner important un soir, mais la femme avait besoin de parler, trente ans de mariage, on a le droit d’être en retard d’un heure trente à un dîner important pour se dire deux mots…Tu vois, il y a des moments où on a envie de faire le bilan des tout ça. Pour nous, c’est bientôt 14 ans, je pense que nous avons appris avec les années à nous connaître, le bilan est très positif, tu es de plus en plus belle, sauf quand tu es en colère pour rien et que tu dis des choses qui ne sont pas belles et qui font penser que quelque chose comme la confiance peut être rompu du jour au lendemain, c’est presque un choc pour moi. Je sais que je râle comme une baleine des fois et pour pas grand chose, mais il faut bien que mon autorité soit visible. Bref, je voulais te dire que c’est toi qui m’a appris le goût du théâtre en m’invitant à plusieurs reprises voir des représentations avant notre mariage pour me draguer et c’est pour cela que je te suis reconnaissant et que le théâtre est important dans notre couple et j’espère qu’il sera important pour nos enfants. Le théâtre, c’est un peu notre histoire impossible et pour faire une histoire impossible, il faut deux personnes (ou personnages ?) comme toi et moi qui mettent du leur et qui s’aiment comme si elles sortaient du même ventre. Un amour de travail d’acteur ! Je te fais un baiser d’amour.